"Belisam'Art est un projet afin d'aider d'une part les jeunes auteurs et les graphistes à se faire connaître, et d'autre part trouver une certaine aide au travers
des pages du site, d'interviews d'auteurs ayant déjà été publiés. D'entrer en contact avec des créateurs graphiques 2D/3D. C'est aussi faire découvrir des extraits de textes pour ceux qui
voudront bien nous en faire part.
Belisam'Art c'est également ma galerie personnelle où j'expose mes travaux graphiques, des nouvelles, des extraits de texte divers." Lunathyque
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1) B'A : Tu utilises un pseudo ? D'où vient-il ? Pourquoi ne pas garder ton vrai nom ?
David S. Khara :
Ah, le pseudo…tout un débat ! En fait, deux raisons m’ont poussé à prendre un nom de plume. La première vient du fait que mon nom de famille est intimement lié au
trésor des Templiers. Pour tout vous dire, même aux États-Unis certains passionnés m’ont harcelé de questions à cause de mon patronyme. Du coup, le pseudonyme s’imposait presque (non je ne vous
révèlerai rien !).
La seconde raison est un peu plus tordue. Lorsque j’écris, je ne suis, d’une certaine façon, pas moi-même. Ce « dédoublement » est parait-il courant selon des amis
auteurs ou compositeurs. De plus, en cas de succès, comme cela semble vouloir être le cas avec les Vestiges, avoir un pseudonyme m’apporte une certaine distanciation entre l’homme et
l’auteur.
Et puis après tout, il y a un côté Batman-Bruce Wayne pas si désagréable pour le collectionneur de comics que je suis ! (Rires)
Quant à l’origine du pseudonyme, elle ne va pas vous rassurer sur ma santé mentale… Il y a quelques années, je pratiquais un jeu en ligne nommé World of Warcraft.
Mon avatar était un nain paladin. Les créateurs de WoW ont affublé les nains d’un accent russe qui me faisait hurler de rire. Du coup, j’ai trouvé logique de donner un nom russe à mon personnage.
Étant en admiration devant l’œuvre de Dostoïevski et son livre « Les frères Karamasov » je suis parti sur ce patronyme. Et puis, avec la Cité de la Peur et le personnage de garde du corps, Serge
Karamasov, interprété par Alain Chabat, le clin d’œil était amusant. Pour des raisons pratiques, les membres de mes guildes m’appelaient Kara. Le surnom m’est resté ! Quant au S. c’est un hommage
que je garderai pour moi si vous le voulez bien. Mais il était important qu’il soit présent.
2) B'A : D'où te vient ta passion ?
David S. Khara :
Un réel amour des romans d’aventures, voire des films. Je suis bon public, j’aime détester le méchant et aimer le héros, et parfois l’inverse ! Se laisser embarquer
dans un suspens, une scène d’action ou d’émotion est un réel bonheur, procure des moments extraordinaires au sens propre du terme.
Je n’ai pas intellectualisé le fait de passer de l’autre côté du miroir. Un jour, je me suis assis devant un clavier, et j’ai écrit, tout simplement.
3) B'A : Qu'est-ce qui t'a motivé à la partager avec un public ?
David S. Khara :
La curiosité. L’envie de savoir si mes histoires, et par-dessus tout mes personnages, pouvaient toucher les lecteurs, leur parler. Ma passion pour la nature humaine
m’incite à observer, comprendre, écouter. Et je retranscris cela, du moins j’essaye, dans mes livres. Mon leitmotiv est simplissime : un lecteur heureux, je suis heureux.
La plus belle des récompenses est là.
4) B'A : Qu'est-ce qui a été le plus dur pour te faire éditer ? Raconte-nous un peu ton parcours.
David S. Khara :
Au risque de surprendre, voire d’exaspérer, rien n’a été difficile. Pour faire écho à la question précédente, ma démarche n’impliquait pas une recherche d’un éditeur
à tout prix. Je voulais savoir ce que des auteurs chevronnés et reconnus pensaient de mon « travail ». La réaction a dépassé mes attentes. Thomas Geha, après avoir lu le premier jet, a souhaité
que j’envoie les Vestiges à Philippe Ward, auteur et directeur de collection chez Rivière Blanche. Le contact est bien passé, même plus que bien, c’est un homme remarquable. Eut-il refusé mon
manuscrit que nous serions sans doute resté en contact. L’histoire, le style, lui ont plu. Il m’a proposé d’aller chercher un plus gros éditeur. Comme dans mon esprit l’aventure humaine prime sur
l’ambition, j’ai préféré partir avec lui et toute l’équipe autour. Je ne regrette pas et je pense que lui non plus (Rires) !
Donc, entre la remise du manuscrit et la décision de publier le livre, il s’est écoulé environ trois semaines. Le livre est sorti six mois après.
Mais je suis très conscient de ma chance.
5) B'A : D'où te vient ton inspiration ? As-tu une technique pour éviter la panne sèche ou te remotiver
?
David S. Khara :
J’écris sur l’humain, sur notre nature profonde. Dans cette logique, l’inspiration est partout. Sellig, comédien de One Man Show, m’a dit un jour qu’il voyait des
sujets de sketchs partout. Moi, je vois des sujets de roman partout.
Je préfère ancrer mes scénarios dans le monde réel. J’y suis à l’aise, sans doute de par mon expérience de communicant. Donc les actualités, l’histoire avec un grand
H, sont mes terrains de jeu.
Concernant la panne sèche, j’ai vite compris qu’il ne fallait pas lutter à tout prix contre le manque d’inspiration. Il faut déculpabiliser, car c’est inhibant,
sortir, vivre, voir du monde, livre un bon livre, voir un bon film, flâner dans la rue, enfin n’importe quoi sauf rester bloqué devant un clavier à ne rien faire.
La motivation tient dans les thèmes que j’aborde. Par exemple, le Projet Bleiberg est un thriller à l’américaine, beaucoup plus tonique que les Vestiges, tendus,
violent, un vrai « page turner » je pense. Mais le propos derrière est de rendre hommage aux victimes de la Shoah et de ne pas laisser les consciences s’endormir. Si je peux poser une petite
brique au mur à dresser entre les « loups » et les êtres humains, je n’ai guère besoin de chercher loin pour me motiver…
6) B'A : As-tu des modèles qui t'ont inspiré ?
David S. Khara :
Oui, un en particulier : Dennis Lehane. Attention, je parle bien d’inspiration, surtout pas de copie ou, encore pire, d’une quelconque comparaison avec un tel auteur
! Toute la série Kenzie-Gennaro, Mystic River ou Shutter Island m’ont touché, ému, gardé en éveil permanent durant les lectures. La simplicité apparente du style accompagne une incroyable
maîtrise de la narration et une captation des émotions hallucinante.
Rostand a eu influence directe sur mon goût pour l’euphonie et mon amour de la langue. Shakespeare procède du même attrait, idem pour Corneille. Ce triptyque
classique constitue le fondement de mes lectures de jeunesse avec, dans une moindre, mais réelle mesure, Dostoïevski.
7) B'A : Qu'est-ce qui t'a encouragé à te lancer pour de bon ?
David S. Khara :
Les personnalités de Philippe Ward et de Thomas Géha. Rappelez-vous qu’au départ je souhaitais juste un avis sur mes textes, je ne cherchais pas un éditeur.
L’occasion a fait le larron. J’ai très vite senti qu’en me lançant avec Rivière Blanche, puis les Editions Critic, je serai bien entouré, on me ferait travailler pour tirer le meilleur de
moi-même et c’était bien là ce qui m’intéressait.
J’ai trouvé une vraie communauté d’esprit, de vraies amitiés. Il faut aussi comprendre qu’à partir du moment où vous donnez à voir votre travail, vous risquez de
prendre des coups. Rien ne fait l’unanimité, et c’est bien normal. Donc, ne pas aller seul au charbon est un réel atout…
8) B'A : Comment t'organises-tu pour écrire ?
David S. Khara :
De façon assez martiale ! En moyenne six heures par jour, trois le matin, trois l’après-midi. En période de promotion, je tombe à trois heures l’après-midi. Les
horaires ne varient pas. Mon épouse étant une perle, nous organisons les contingences du quotidien pour maintenir le rythme. Sauf quand l’inspiration ne vient pas, ou que des aspects
scénaristiques me bloquent, auquel cas nous nous aérons l’esprit ensemble.
La configuration est simple et honteuse : la terrasse, téléphone portable à côté du PC, paquet de cigarettes et briquet à proximité. L’installation même est un
rituel.
9) B'A : Tu as adopté un style, penses-tu te risquer à effleurer d'autres genres à l'avenir ou te sens-tu suffisamment à l'aise avec le tien
pour lui être fidèle ?
David S. Khara :
Je n’ai pas la sensation d’avoir « adopté » un style à proprement parler. J’emploie une gamme de mots, un phrasé, une rythmique, qui me sont propres, pour
transmettre des sensations, raconter des histoires. Il est évident que le travail d’écriture à plein temps et l’acquisition d’expérience, voire de confiance, conduisent naturellement le style à
évoluer. L’auteur n’est pas une entité figée. Comme tout être humain, il change, est en mouvement permanent. J’essaye justement de faire attention à ne pas m’enfermer dans des automatismes. Je ne
suis pas un artiste, mais un artisan. En tant que tel je suis en apprentissage permanent.
Au niveau des genres, tant que les lecteurs ne me supplieront pas d’arrêter d’insulter la littérature française par mes écrits, je ne m’interdis rien.
10) B'A : Tu as écrit plusieurs choses, as-tu une préférence pour l'un de tes romans/nouvelles? Si oui, lequel et pourquoi ?
David S. Khara :
Voilà encore un élément atypique lié à mon parcours. Je n’avais rien publié avant les Vestiges. Je n’avais même pas essayé. En fait, je n’y songeais pas du tout.
Mais l’année à venir s’annonce chargée. J’ai composé une nouvelle qui sortira dans l’anthologie De Cape et d’Esprit dirigée par Eric Boissau en décembre. Ajoutés à cela le Projet Bleiberg, la
suite des Vestiges et le Projet 731. Je serai plus à même de répondre à votre question dans un an !
11) B'A : Si tu ne faisais pas cela, quel aurait pu être ton autre métier ?
David S. Khara :
Les possibilités ne manquent pas. Je pense à l’enseignement, ou à mettre mon expérience d’ancien dirigeant d’entreprise au profit d’une ONG.
Après deux décennies à côtoyer le grand capital, j’éprouve le besoin d’utiliser mon énergie pour des projets plus proches de l’humain.
J’ai eu une vie avant l’écriture (plusieurs même), et j’en aurai certainement une après, ou pendant. Là encore, je ne m’interdis rien. Être édité n’est pas une fin
en soi. Tant que l’on veut de moi et que j’ai des choses à dire, qui parlent à quelques personnes, je continuerai. Le jour où je ne saurais plus quoi raconter, je passerai à autre chose. Nous
n’avons qu’une vie, il ne faut pas en faire une prison.
12) B'A : Peux-tu nous parler de tes futurs projets ?
David S. Khara :
Emporté par mon enthousiasme, je l’ai déjà un peu fait (Rires) ! Je termine le Projet Bleiberg, qui sortira en septembre aux Editions Critic, dans les jours qui
viennent. Ensuite viennent le deuxième tome des Vestiges et un autre thriller dans la veine de Bleiberg. Je réfléchis actuellement à un scénario pour un polar un peu plus léger avec une
enquêtrice un peu foldingue.
Les idées ne manquent pas, et je possède en réserve quelques romans que je revisiterai à l’occasion. Mais mon planning est largement rempli jusqu’à la fin
2011.
13) B'A : Quels conseils donnerais-tu pour quelqu'un qui veut se lancer à son tour ?
David S. Khara :
Donner à lire. Foncer. Ne pas intellectualiser la démarche. Et surtout de ne pas se voir en haut de l’affiche. Les places sont rares et chères. Trouver un éditeur
n’est qu’un premier pas dans un long processus, finalement, initiatique. Ne laissez personne vous dire que c’est impossible. Sans tentative, pas de réussite, donc il faut oser. Mais il faut aussi
accepter la remise en cause, l’échec même. Un refus n’interdit pas de continuer. Il faut de la persévérance, et vraiment beaucoup d’humilité.
Commencer par des nouvelles peut-être un bon moyen de se faire connaître, d’intégrer le milieu et de passer ensuite sur d’autres formats. Ce qu’un aspirant auteur
doit comprendre, c’est que l’écriture nécessite énormément de travail.
La première fois que Thomas Geha m’a dit cela, j’ai cru comprendre. Après avoir travaillé sur le Vestiges, j’ai vraiment compris le sens de la phrase.
Cent fois sur le métier…
14) B'A : Comment fais-tu pour gérer plusieurs activités en même temps (si c'est le cas bien sur)?
David S. Khara :
Je m’organise, il n’y a de pas d’autre choix. Aujourd’hui, je me consacre à l’écriture à temps plein, mais je suis très impliqué dans la promotion des Vestiges, et
je mets un point d’honneur à répondre à tous les mails que m’envoient les lecteurs. En plus, j’anime des ateliers scénario et écriture dans des classes de lycée et collèges ce qui est assez
prenant, mais incroyablement passionnant.
Je définis des plages horaires, je m’assigne des tâches, et je m’y tiens strictement.
15) B'A : Quel personnage et/ou quelle créature aurais-tu aimé être et/ou à laquelle pourrais tu t'identifier le plus ?
David S. Khara :
Oh que voilà une question intéressante ! Le choix est vaste, mais le premier personnage qui me vienne à l’esprit est Boromir, le fils de l’intendant du Gondor, dans
le Seigneur des Anneaux. Il y a chez lui une fragilité face à l’anneau causée par l’amour de son peuple et un sens aigu de son devoir. Et pour les mêmes raisons, sa mort, son sacrifice pour ses
amis, devient magnifique. Son humanité me parle.
Sinon, dans un registre différent, et pour des tonnes de raisons que je vous laisse imaginer, Gregory House me conviendrait aussi (Rires) !
Merci David pour cette interview des plus intéréssante.
Lunathyque
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