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...pour la Gazette du Nord-Pas de Calais


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Auteur des deux romans le projet Bleiberg et le projet
Shiro, David S. Khara a répondu aux questions que Cassiopée lui a posées pour un polar collectif.
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Cassiopée. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Dans votre nom, le S
est en lien avec un membre de votre famille (source Wikipédia), était-il très important pour vous de le mettre ? Pourquoi ne pas prendre le nom en entier (comme pseudonyme par exemple
?)
David S. Khara. Et bien, j’ai 42 ans, je me suis lancé dans l’écriture en 2010, et j’ai depuis publié trois romans. J’ai une
fâcheuse tendance à me dégarnir. J’y vois un effet collatéral de l’activité plumitive quotidienne.
Mon pseudonyme est en fait un surnom qui m’a été donné lors de la sortie de La Cité de la Peur, le film des nuls, en référence au personnage incarné par Alain Chabat. Je suis au moins aussi maladroit que le personnage qu’il incarne, d’où le surnom. C’est d’ailleurs amusant puisque je travaille aujourd’hui avec Alain Berberian qui a réalisé ce film. De plus, la sonorité « Kara » se retrouve dans pratiquement toutes les cultures et à ce titre, me convient parfaitement.
David est mon vrai prénom. Le S vient du prénom de mon grand-père. Il a joué un rôle capital dans mon existence. Je
souhaitais qu’il soit présent, qu’il m’accompagne dans cette aventure.. En l’emmenant lui, j’emmenais toute ma famille. Les similitudes avec des personnages portant des initiales similaires
sont donc parfaitement fortuites.
Cassiopée. Vous écrivez sous le nom de Khara, un pseudonyme parce que (je vous cite) « mon
nom de famille est intimement lié au trésor des Templiers et même aux Etats-Unis, certains passionnés m’ont harcelé à cause de mon patronyme. » ; est-ce pour mieux vous protéger ou un moyen
pour vous d’être un autre quand vous écrivez ? Le S. serait-il Saunière comme l’abbé du même nom ?
David S. Khara. Bien tenté pour l’abbé Saunière, mais ce n’est pas
mon nom. Outre cette histoire de Templier, bien réelle, et comme vous le supposez à juste raison, je souhaitais protéger ma famille, autant d’un succès possible que des critiques dont
certaines confinent à l’attaque personnelle. L’idée de la création d’un alter ego pendant l’écriture est très juste. Aujourd’hui, avec le succès rencontré par les livres, et l’exposition
qui en résulte, je ne regrette pas ce choix. Je sais qui je suis, d’où je viens, et prendre la grosse tête n’est définitivement pas mon truc. Sur ce point, je pense qu’avoir 42 ans en ayant
pas mal bourlingué est une meilleure protection qu’un pseudonyme.
Cassiopée. Pour votre livre, la photo de couverture n’est pas la même en
10/18 et dans l’édition originale, vous a-t-on demandé votre avis ? Pourquoi ces choix ?
David S. Khara. Le choix se justifie par le fait que chaque éditeur possède ses propres codes graphiques, il était donc logique que 10-18 se dote d’une nouvelle couverture dans la mesure où celle de Critic ne collait pas avec leur charte.
Les Editions 10/18 m’ont effectivement demandé mon avis, et j’avoue avoir été séduit par l’image car elle symbolise
merveilleusement Eytan.
Cassiopée. Dans votre opus, passé et présent sont liés, mêler
le passé au présent est-il une façon de nous rappeler que le passé influence le présent et qu’il suffit de peu de choses pour basculer dans une « vie » ou une autre…
David S. Khara. Il y a de cela, mais pas seulement. Certes je m’intéresse à la petite histoire au sein de la grande, mais mon propos est aussi de dénoncer l’absence
d’apprentissage de l’humanité en tant qu’entité, son incapacité à tirer les erreurs du passé. Que ce soit au nom d’idéologie, par cupidité, ou par amour du pouvoir, nous avons une tendance
inquiétante à recréer les conditions favorables aux conflits et à la haine de l’autre. Enstein disait en substance que la folie consistait à croire que les mêmes causes n’entraînent pas les
mêmes conséquences. Je nuancerais cela en disant que l’histoire ne se répète pas à l’identique, mais bégaye. La folie prendra d’autres formes, mais elle rejaillira si nous ne cherchons pas
à évoluer. Et sur ce point, nous vivons des jours que je trouve inquiétants.
Cassiopée. Ce roman est le premier tome d’une trilogie. Aviez-vous déjà l’idée de la trilogie avant d’en
commencer l’écriture ? Quelles ont été les sources de votre inspiration ?
Les autres tomes pourront-ils être lus séparément ? Quels sont les individus récurrents qu’on y retrouvera, pourquoi ? Eytan semble être le personnage principal du deuxième tome, Jacky
sera-t-elle celle du troisième ?
David S. Khara. La série des Projets a immédiatement été pensée comme une trilogie bien avant le succès du premier roman. Il y a un cheminement logique au fil des
tomes. Dans le premier, le vrai héros met du temps à se révéler comme tel. Le Projet Shiro pousse plus loin sa découverte. Et le Projet Morgenstern se penchera sur les jeunes années d’Eytan
en parallèle d’une aventure se déroulant de nos jours.
Concernant les personnages que l’on retrouvera dans les autres tomes, je ne peux vous en dire trop. Sachez juste que
Jacky et Jeremy feront leur retour dans le dernier tome, et ils seront en très grande forme. Le reste est top secret, mais devrait réserver encore quelques surprises…
Cassiopée. Vous alternez les formes d’écriture et même les
styles de vocabulaire, comment vous y prenez-vous pour passer d’un genre à l’autre ? Vous mettez-vous dans la « peau » du personnage ou du narrateur extérieur (et de quelle façon) pour que
le passage à l’écrit soit plus facile ou est-ce que cela s’impose à vous sans effort particulier ?
David S. Khara. L’alternance des points de vue, et donc du style, sont liés directement à ma volonté de cinématographier l’action. Je déplace les
points de vue comme une caméra. Ensuite, une grande partie de mon travail consiste à trouver un rythme fluide, pour une lecture qui coule sans heurts. Beaucoup confondent fluidité et
facilité, alors que c’est tout le contraire.
Je n’ai aucun problème à passer d’un personnage à l’autre, à m’en imprégner et à le restituer par écrit avec le style qui
correspond. Lors de l’écriture, j’ai la sensation étrange de ne plus être totalement présent. Je comparerai cela à une sorte de transe. D’ailleurs, il m’arrive de rouvrir un de mes livres
quelques mois après la sortie et de me dire « j’ai écrit ça, moi ? ». Je ne sais pas s’il en est de même pour tous les auteurs, mais il y a une schizophrénie un peu inquiétante derrière. Il
faudra que j’en parle à mon médecin, mais il est auteur lui aussi… (Rires).
Cassiopée. « L’humour est la politesse du désespoir »…Votre
personnage, Jay, manie l’humour décalé, est-ce pour aider vos lecteurs à supporter les passages plus difficiles ?
David S. Khara. Oui, vous avez raison, mais ce n’est pas la seule raison. Dans mes sources d’inspiration, Madame Simone Lagrange a joué un rôle très important. Lors
de ses témoignages, elle parle de l’humour comme exutoire dans les camps de concentration, comme d’une accroche à la vie. Du coup, je voulais restituer un peu de ce qu’elle disait à travers
Jeremy, mais aussi Eytan.
Autre point important concernant l’humour, j’écris des romans d’aventure. J’y traite de sujets terribles, mais je ne veux pas le faire au premier degré absolu. Cela a été fait par des gens bien plus talentueux et compétents. J’utilise les codes du divertissement pour présenter des réalités insoutenables. Et du coup, elles passent, les réactions des lecteurs en attestent.
Enfin, nous évoluons dans un quotidien anxiogène, et je souhaite que l’on ferme mes livres avec le sourire, et pas plus
angoissé encore. Divertir est, à mes yeux, une cause noble.
Cassiopée. La musique est présente plusieurs fois dans votre
livre Ecrivez-vous en musique ? Auriez-vous voulu mettre une play list ?
David S. Khara. Je travaille effectivement en musique, et de façon très structurée. A chaque chapitre, chaque personnage, correspondent une sélection de morceaux
piochés dans un spectre extrêmement large, allant du classique au rap. La musique me maintient dans une atmosphère spécifique.
Cela participe de mon immersion dans une bulle et facilite ma concentration.
Concernant la play list, je la mettrai bientôt sur mon site Internet.
Cassiopée. La semaine prochaine vous recevez un appel
téléphonique, votre livre va être adapté en film. Vous devez établir le casting, qui choisissez-vous, pourquoi ? (Une partie de la musique est trouvée (voir question 9
;-)
David S. Khara. J’aime bien votre question, car ce que vous décrivez est déjà arrivé, puisque le Projet Bleiberg est en cours
d’adaptation cinématographique. Donc ce coup de téléphone a effectivement eu lieu. Au niveau du casting, je ne peux vous dévoiler que des désirs, mais pas vous révéler ce qui se déroule
dans le développement actuel. Dans le rôle d’Eytan, j’aurai bien imaginé Alexander Skarsgard, vu dans True Blood, entre autre (avec le crâne rasé, évidemment). Pour Jeremy, j’aurai bien vu
Jensen Ackles, de la série Supernatural.
Quant à la musique, j’aimerai que le film se clôture sur « Living on the Edge » d’Aerosmith, car c’est sur cet air qu’Eytan a pris définitivement forme.
Cassiopée. Il me semble que « Les vestiges de l’aube » est aussi le premier
tome d’une trilogie, comment choisissez-vous la série que vous privilégiez pour l’écriture ? N’auriez-vous pas envie de mener plusieurs romans de front ?
David S. Khara. Les Vestiges de l’Aube est bien le premier tome d’une autre trilogie, très différente de la série des Projets. L’état d’esprit est donc très
différent, et j’ai décidé de prendre mon temps pour l’écriture des prochains tomes, aussi parce que le propos, plus introspectif, l’exige. Au début j’avais pensé alterner d’une série à
l’autre, mais à bien y réfléchir, il me parait plus raisonnable de terminer les Projets avant de me plonger dans la finalisation des Vestiges. Pour autant, je ne suis pas monomaniaque, et
pendant l’écriture de Bleiberg des idées me sont venues pour les Vestiges. Elles sont soigneusement notées et ressortiront au moment voulu.
Je mène déjà de nombreux projets de front, mais à un moment donné, il faut être conscient de ses propres limites et
prendre son temps. Ce qui est difficile quand on est, comme c’est mon cas, un homme pressé…
Cassiopée. Quel votre rapport au public, aimez-vous le
contact avec vos lecteurs, les séances de dédicace sont-elles un réel plaisir ?
David S. Khara. Le contact avec les lecteurs est un vrai plaisir, j’y trouve la finalité de mon travail. Pouvoir échanger, récolter des impressions, et même
débattre, est un enrichissement permanent, et même, une source d’inspiration. J’écris pour donner, ou essayer de donner du plaisir. C’est un postulat simplissime, et pourtant incroyablement
ambitieux. Je pense en permanence aux lecteurs, tout au long de l’élaboration d’un livre. Je me pose mille questions, pour que l’ennui ne les guette pas, pour que les personnages leurs
parlent. Une vraie complicité est née avec mes lecteurs, et c’est un bonheur permanent. Ma seule motivation, en fait. Sans échange, la démarche ne m’intéresse pas.
J’aime les dédicaces en petit comité car elles facilitent les discussions. Il m’est même arrivé sur plusieurs salons
d’embarquer des lecteurs pour prendre un café et échanger en toute tranquillité.
Cassiopée. Quels sont vos projets actuels ?
J’ai lu que vous écriviez de « façon martiale » six heures par jour … Rassurez-moi, cela reste un plaisir ?
David S. Khara. Soyez sans crainte, je prends beaucoup de plaisir. Et heureusement, sinon j’aurais certainement du mal à en donner. Quant au côté martial, il
est obligatoire pour prévenir toute déconcentration et rester focalisé sur mes personnages et mon scénario. Je travaille quasiment sans note, ni plan, à peine deux ou trois idées sur un
bout de papier. Tout se construit ensuite dans mon esprit et ressort directement à travers le clavier.
En ce qui concerne mes projets, je ne vais pas sortir de nouveautés cette année, mais je vais écrire Le Projet
Morgenstern et le deuxième tome des Vestiges de l’Aube. Par ailleurs, j’ai plusieurs scénarios sur le feu pour le cinéma, ainsi qu’une adaptation en cours des Vestiges de l’Aube en BD,
scénarisée par Serge le Tendre. Nous avons monté un collectif d’auteurs rennais autour du roman noir, du polar et du thriller et nous allons sortir un recueil de nouvelles en 2013. Et puis,
il y a aussi l’adaptation cinéma du Projet Bleiberg, sur laquelle je suis consultant auprès du scénariste, du réalisateur et des comédiens. Un agenda déjà chargé, mais je me connais, je
vais bien réussir à me trouver deux ou trois autres idées en plus…
Cassiopée. Avez-vous le souhait de partager autre chose avec nous
?
David S. Khara. Je tiens surtout à vous remercier, ainsi que vos lecteurs, de m’avoir consacré un peu de votre temps.
Pour écouter l'entretien, cliquez sur le lien ci-dessous
http://www.k-libre.fr
Raconter une histoire de vampire, parler autour de la Seconde Guerre mondiale et des expériences sur les déportés, c'est mettre de la lumière là où il y a de l'ombre. Publié chez
Critic, un "petit" éditeur, les romans de David S. Khara sont entrés dans la grande lumière du public et des collections club.
L'occasion pour k-libre d'ajouter son coup de projecteur sur un auteur et ses personnages en lui permettant d'éclairer notre lanterne.

k-libre : Lorsque Les Vestiges de l'aube est ressorti chez Michel Lafon, la version a été remaniée. Est-ce un état
précédent du texte, des ajouts voulus par l'éditeur ou une volonté de réécrire pour ajouter du suspense et du visuel ?
David S. Khara : Michel et moi ne souhaitions pas
ressortir le même livre que celui édité par Rivière blanche l'année précédente. La démarche n'aurait pas eu de sens. En travaillant avec Philippe Ward sur la première mouture des
Vestiges, j'ai appris beaucoup sur l'écriture. Le Projet Bleiberg a
bénéficié de cet apprentissage. J'emploie ce terme à dessein car je me vois comme un artisan dont chaque réalisation doit surpasser la précédente. Michel
Lafon m'a donné l'opportunité d'améliorer le livre, d'en gommer certains défauts et de pousser plus avant ma vision, qui s'était affinée avec l'expérience. Mais il ne m'a rien
imposé, et j'ai eu totale liberté d'apporter les évolutions qui me tenaient à cœur.
Le côté policier se devait d'être rééquilibré par rapport à la première version, mais le propos initial est resté le même, et tout tourne autour des rapports entre Werner et Barry. Le côté
visuel, cinématographique, était déjà là dans la première version, sans doute moins poussé. Je ne me doutais pas qu'un jour, cette histoire intéresserait les producteurs...
k-libre : Vos héros sont moralement ambigus avec un vampire qui veut aider mais qui fait justice lui-même et qui lutte contre un tueur qui après tout a ses raisons
d'agir ainsi, un agent secret israélien dont les pouvoirs sont quand même dus à ses ennemis, Morgenstern doit lutter avec ses ennemis contre quelqu'un qui veut une certaine forme de justice.
Est-ce lié au chaos du monde ? Aux contradictions mêmes de nos humbles personnes ?
David S. Khara : Ambigus, nous le sommes tous. Notre sens moral fluctue bien souvent au gré
de nos intérêts. Faire de Werner ou Eytan des héros monolithiques type "Superman", n'intéresserait personne et surtout pas moi. Derrière la figure héroïque, il y a l'homme et l'homme est fait
de contradictions, de côtés attachants et repoussants. Le manichéisme est un raccourci trop simple. Je pense que pour susciter l'attachement, il faut distiller une dose d'agacement (à petite
dose tout de même). Dans mes romans, les frontières entre le bien et le mal sont floues, laissées à l'appréciation de chacun. Derrière le divertissement, que j'assume avec fierté, je pose des
interrogations à travers mes personnages et les choix qui les caractérisent. Et je laisse les lecteurs se forger leur opinion.
Quant au chaos du monde, votre question est d'une absolue justesse. Mes héros sont toujours la conséquence de ce chaos, plus encore, ils le symbolisent. Quand la grande Histoire dérape, la
petite histoire des anonymes est bouleversée dans une indifférence générale, ou une vague indignation souvent passagère. Aujourd'hui, une catastrophe peut tuer des milliers de gens, remplir
deux minutes d'antenne sur les chaînes info et disparaître comme si elle n'avait jamais existé. Nous sommes des consommateurs de drames.
À travers Werner, Eytan, Barry, et même Sean dans Le Projet Shiro, je m'intéresse aux victimes et je tente de leur donner un
statut différent.
k-libre : Les Vestiges de l'aube se conclut sur une fin ouverte. Avez-vous déjà la suite en tête ? La fin ? Concevez-vous vos romans "feuilletonesques" du
début à la fin ? Avez-vous une idée de la taille de la série Werner ou de la série Eytan ?
David S. Khara : Les deux séries sont des trilogies, voulues comme telles depuis le
départ. Certains pensent que le succès des livres m'incite à travailler sur des suites, mais il n'en est rien. Le succès n'a pas été programmé, demeure un mystère à mes yeux, et ne conditionne
en rien ma démarche.
Je connais la fin de chaque série, et j'ai même placé dans chaque tome des éléments en apparence anodins qui prendront tout leur sens dans les opus suivant. Il est très amusant de jouer ainsi
avec les lecteurs. Générer des surprises en faisant appel à leur mémoire, ou en prenant le contrepied de leurs attentes crée une réelle complicité. Et puis, à tire personnel, j'aime retrouver
des personnage auquel je suis attaché.
k-libre : Dans vos romans, de manière claire ou diffuse, des échos de la série X-files se font entendre. Est-ce un clin d'œil simple ou est-ce plus profond ?
D'autres séries littéraires ou télé vous ont-elles marquées ?
David S. Khara : Au risque de vous surprendre, je n'ai vu que la première saison de X-files, à l'époque de sa
toute première diffusion. Mes souvenirs sont donc lointains. Je trouvais l'approche intéressante, mais je ne me rappelle que du nom des deux agents. Je ne suis ni un fan, ni un connaisseur de
cette série. Concernant les clins d'œil, mes romans en sont truffés, mais ils n'ont pas de sens caché. Ce sont plutôt des hommes, des sourires, distillés en passant.
Sur un plan littéraire, la série qui m'a certainement le plus marqué est celle mettant en scène Patrick Kenzie et Angela Gennaro. Mais je suis un inconditionnel de Dennis Lehane. Parmi les séries télévisuelles dont je suis fan, je citerai
Sherlock Holmes avec Jeremy Brett, ou Life on Mars, qui reste à ce jour la plus marquante qu'il m'ait été donné de voir.
k-libre : La volonté stylistique du langage châtié de Werner est-elle une "concession" au genre (de Stoker et les maitres du fantastique ancien à Ann Rice, le
langage du vampire est celui de la classe dominante) ? Est-ce une façon de le distancier du monde ?
David S. Khara : Votre question est légitime, mais je vois moins une
concession qu'une volonté délibérée de me référer aux vampires qui ont marqué ma jeunesse. De plus, la stylistique propre à Werner devait marquer le choc temporel entre un homme du
XIXe siècle et notre époque. J'ai eu la tentation d'aller plus loin pour affirmer cette différence, de forcer un peu le trait, mais après tout, en un siècle d'observation, Werner a
vu son vocabulaire évoluer. Donc, j'ai principalement axé mon travail sur son phrasé, la rythmique de ses phrases. Pour bien saisir l'idée qui préside à la rencontre entre Barry et lui, je vous
invite à vous connecter sur un site de rencontre ou un forum quelconque. Utilisez la langue de Werner, qui n'est rien de plus qu'un français convenable, et observez bien les réactions que vous
susciterez. La distance avec le monde est immédiate, parfois même violente. Croyez-moi, je parle d'expérience...
k-libre : Eytan est un personnage sans famille, et ses relations avec Eli sont étranges. Le vieil homme est à la fois une figure paternelle, mais aussi filiale. De
même entre Eytan et Elena les relations d'amour-haine, et pour Werner qui a une relation étrange avec Barry (une amitié virile est souvent proche d'une homosexualité....). Pouvez-vous nous en
dire plus ?
David S. Khara : Vous citez trois exemples de ce qui constitue le cœur de mon travail : la relation entre les personnages. Eytan est un être déchiré, marqué à
vie, qui dissimule ses blessures dans l'action, avec une méfiance envers ses sentiments tant il craint de souffrir à nouveau. La réelle nature de ses liens avec Eli constitue une des grandes
révélations du Projet Shiro et me vaut des retours de lecteurs au-delà de mes espérances tant ils ont été surpris et marqués.
Je préfère rester évasif sur les rapports entre Elena et Eytan dans la mesure ou la fin du livre, sans le verbaliser directement, en dit long sur leurs réelles natures.
Le cas de Werner et Barry en dit aussi beaucoup sur notre société et sur notre monde. On me pose de très nombreuses questions autour de leur homosexualité, latente ou supposée. Et je prends un
malin plaisir à ne rien dévoiler, vous en saurez plus dans le tome 2 [Rires.]. Je m'interroge souvent sur la perception de leur relation. À mes yeux, la différence entre l'amitié, la
vraie, et l'amour, est ténue, et tient, en partie, dans l'absence de désir physique. C'est évidemment un raccourci, mais il symbolise assez bien le rapport entre ces deux personnages.
D'ailleurs, je citerai volontiers en exemple les films de la série "L'Arme fatale", ou les contacts physiques entre les deux héros sont très fréquents, donnant parfois des scènes fortes sur un
plan émotionnel.
Mais le fait est que nous vivons dans une société soi-disant laïque ou l'État n'accorde pas à deux personnes du même sexe le droit de se marier ou de fonder une famille. Par contre, elles
payent des impôts pour des services auxquels elles ne peuvent pas prétendre... Concernant Werner et Barry, je n'aurais aucun problème à ce qu'ils soient homosexuels. Est-ce mon intention pour
autant ? À voir.
k-libre : Dans le même ordre d'idées, Werner ou Barry perdent de manière horrible leurs femmes et leurs enfants. Est-ce un besoin de les mettre à distance du monde
? De les rendre disponibles ?
David S. Khara : En fait, la similarité du drame vécu par Werner et Barry est l'élément central du roman. Au-delà des aspects vampiriques ou
policiers, qui prendront plus d'importance dans les prochains volumes, Les Vestiges de l'aube est un roman sur la
perte des êtres chers, et aussi, sur la différence. Face à la douleur, nous sommes tous seuls. Les efforts de l'entourage portent leurs fruits, mais sur le long terme. Dans l'intervalle,
l'absence, la peine, et parfois la rage, vous rongent, et ne vous laissent aucun répit. La tentation de se replier sur soi est grande.
Werner et Barry sont dans cette situation, mais comme des milliers de gens autour de nous. Dans ce roman, je présente trois réactions différentes à une douleur similaire. Celles de Werner et
Barry, et celle du père de la jeune fille disparue.
k-libre : À de nombreuses reprises, vous ouvrez des nouvelles scènes par une rapide description du moment de la journée en décrivant le soleil, ses reflets, etc.
Scènes très visuelles qui ouvrent la séquence. Est-ce une manière de donner un cadre, une indication quasi cinématographique ? Une liaison avec le thème du vampire ?
David S.
Khara : Aucune liaison avec le thème du vampire, mais une vraie référence à des moments vécus que j'avais envie de coucher sur le papier. Certaines des scènes auxquelles vous faites références
viennent en droite ligne de mes propres souvenirs à Manhattan comme en Virginie. Il s'agissait moins de parler de moi que d'aller chercher des moments qui m'ont marqué. Des moments hors du
temps, purement contemplatifs. D'ailleurs, les deux héros parlent de leur vie passée en y associant le soleil. Werner lors de ses promenades matinales, et Barry le matin du 11-Septembre.
Mais il y a aussi un rapport direct avec le roman. En effet, Werner est soumis à une triple peine. Il est privé de sa femme et de son enfant, il devient (sans savoir pourquoi, mais
rassurez-vous la vérité sera connue plus tard) une créature surnaturelle et s'éloigne du monde.
k-libre : Werner ou Eytan sont deux personnages qui sont au-delà de l'humain. Pourquoi utiliser de tels personnages dont les "talents" peuvent diminuer
dans un thriller la notion de suspense ?
David S. Khara : Vous avez raison, sauf à envisager autrement la notion de suspense. Ainsi dans les Vestiges, le vrai suspense se situe dans la relation entre les deux principaux protagonistes. Dans Le Projet Bleiberg, le vrai suspense tourne également autour des personnages.
Le thriller, le polar ou le vampirisme, sont des toiles de fond, des ambiances dans lesquelles je fais évoluer les personnages. Dans la mesure ou je m'inscris dans la durée avec deux trilogies,
j'ai d'abord travaillé sur l'attachement, le lien entre le lecteur et les héros.
k-libre : Malgré le retentissement du premier volet, Le Projet Shiro paraît chez le même éditeur et Les Vestiges de l'aube dans sa nouvelle
édition est dédié au premier passeur du texte. Y a-t-il un rapport avec la fidélité d'Eytan pour son ami ou le double sauvetage (Werner se mettant en danger de mort en sauvant Barry qui doit le
sauver à son tour) des Vestiges ? Comment concevez-vous votre rapport aux éditeurs ? Si l'on veut vivre de sa plume, la fidélité est-elle possible ? Comment envisagez-vous la suite
?
David S. Khara : J'ai reçu de nombreuses propositions pour quitter Critic et publier Le Projet Shiro
ailleurs. Pour Les Vestiges de l'aube, je suis parti de Rivière blanche avec
l'accord de Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier. Mais je ne les laisse pas tomber
pour autant. La fidélité est pour moi une valeur essentielle. J'écris par plaisir, je ne cherche ni le succès, ni la reconnaissance, ce qui me laisse une totale liberté dans mes choix. Et ces
choix sont guidés par le plaisir que j'ai à travailler avec les uns et les autres. Sans un rapport humain fort, je passe mon chemin. Y a-t-il un lien avec les exemples que vous citez ? La
réponse est évidemment "oui".
J'entretiens des rapports de grande proximité avec mes éditeurs. Je suis un ancien chef d'entreprise, je n'ai donc aucune difficulté à envisager de concert les aspects artistiques et
économiques. C'est un nouveau métier que je prends plaisir à apprendre.
Je pense, mais c'est encore une fois très personnel, que la fidélité est un gage de construction et de bien-être. Mais le monde de l'édition est un monde complexe, avec de nombreux candidats et
peu d'élus. Vivre de sa plume dans le contexte du marché du livre actuel est un luxe qui exige la conjonction de nombreux facteurs. J'ai de la chance, j'en suis conscient, mais je me garderai
bien de jouer les donneurs de leçons. Ce que je sais, pour l'avoir vu, c'est que certains sont prêts à tout pour réussir, et deviennent des proies faciles pour quelques vautours sans scrupules
qui se nourrissent des rêves des autres. Je n'ai plus vingt ans, j'ai pas mal roulé ma bosse et je les vois venir de loin.
Concernant la suite, je vais reprendre l'écriture du tome 2 des Vestiges de l'aube, puis je travaillerai sur le
troisième et dernier tome des Projets. En parallèle, je vais suivre le travail sur l'adaptation cinématographique de Bleiberg et l'adaptation en BD des Vestiges avec Serge Le Tendre à la baguette.
Comme vous le voyez, les années à venir seront très chargées...
http://www.lille.sortir.eu/lire/david-s.-khara-rendre-lhistoire-vivante-a-travers-mes-thrillers
Le Projet Bleiberg, original polar navigant entre exactions de la Seconde Guerre mondiale et monde
d'aujourd'hui gangrené par l'argent, sort en poche chez 10/18, tandis que paraît la suite des aventures de Jeremy, Eytan et Jacky, Le Projet
Shiro (Critic). Après avoir tremblé en suivant l’effrénée course-poursuite du premier tome, nous allons nous précipiter pour lire la suite ! En attendant, quelques questions à
l'auteur comblé, David S. Khara.

Racontez-nous un peu votre parcours, comment devient-on auteur de best-seller ?
C'est incroyable ! Je n'imaginais pas un tel succès. Je me disais que cinquante, cent personnes liraient mon ouvrage. Nous en sommes à plus de quarante mille exemplaires vendus, hors poche, en France et à l'étranger. Et l'ouvrage va être adapté au cinéma ! Avant d'être écrivain, je dirigeais une entreprise de communication, créée en 1993, lorsque j'avais 24 ans. Une entreprise spécialisée dans la stratégie industrielle, que j'ai dirigée jusque 2009. Avec dix-sept salariés, cette petite boîte pesait lourd sur mes épaules. Quelques années auparavant, j'écris Les Vestiges de l'aube, pour un ami qui avait perdu sa femme, se renfermait sur lui-même : avec ce texte, je voulais l'aider. Il m'en a réclamé la fin, celui lui a beaucoup plus. Je l'ai fait lire à deux autres amis, très enthousiastes également : le roman est sorti tel quel chez Critic, une toute petite maison d'édition, à deux mille exemplaires. Un beau succès ! Et en octobre 2010, toujours avec cette petite maison rennaise, Le Projet Bleiberg démarre en fanfare ! Coup de cœur du magazine de la santé de France 5, plus de cinq mille exemplaires vendus, il a fallu faire de nouveaux tirages d'urgence. Vingt cinq mille exemplaires chez Critic, dix mille chez France Loisirs, autant au Québec... Les éditeurs poche me contactent, je choisis 10/18 car c'est une maison prestigieuse, avec des auteurs que j'admire : quel étonnement d'arriver là ! En juillet dernier, j'ai vendu les droits cinématographiques à un gros producteur français, le casting sera international !
N'avez-vous pas peur d'être dépossédé de votre histoire ?
Cela ne me fait pas peur du tout, je le prend comme une aventure ! Je suis consultant, je vais travailler avec le scénariste. Même si je n'écris pas l'adaptation de A à Z, je ne m'y risquerai pas encore. Déjà, en avril, j'ai été contacté par Alain Berberian, je l'ai aidé à re-travailler un scénario. J'ai pris plaisir à le faire, une belle collaboration !
Pour en venir à l'histoire du roman : pourquoi avoir choisi d'aborder les expérimentations menées durant la Seconde Guerre mondiale, un
sujet encore plutôt tabou ?
J'ai toujours eu une passion pour l'Histoire, l'ouvrage survole un peu les différents thèmes de la Seconde Guerre mondiale. Je vois actuellement des choses pas
très agréables, l'Histoire a tendance à bégayer ! Crise économique et identitaire, époque paumée : j'ai trouvé intéressant d'aller un peu voir le passé. À ma
passion personnelle, ce sont ajoutés quatre mois de recherches documentaires. Je voulais capter, aussi, l'émotion d'un époque. Peu à peu, les personnages se sont dessinés. J'ai trouvé là
matière également pour une suite : les atrocités des Japonais en Chine, lors de la Seconde Guerre mondiale. Je souhaite rendre l'Histoire vivante à travers le thriller, déclencher la
curiosité. Et étudier les conséquences sur la société actuelle : les laboratoires pharmaceutiques découlent beaucoup de la Seconde Guerre mondiale, cela pose des questions morales et
éthiques. À travers un divertissement, j'amène des faits réels.
Le jeune trader new-yorkais désabusé, la petite blonde du FBI, le géant, agent du Mossad : votre improbable trio fonctionne pourtant à
merveille !
J'ai passé beaucoup de temps aux États-Unis, je suis fou de New-York et Manhattan, je m'y sens chez moi. Jeremy incarne vraiment le mal du siècle, l'argent facile, le bling bling, avec un drame sous-jacent. Nous allons voir comment il va revenir à la vie, une quête initiatique. Le Jeremy du début de l'ouvrage diffère beaucoup de celui de la fin... Pour l'agent du FBI, je voulais un personnage de femme pétillante, sympa, mais pas bimbo ou faire valoir. Jacky est indépendante et marrante. Mais le vrai héros, c'est Eytan, il porte tout le poids de la souffrance...
La construction du roman alterne première personne, flash-backs, moments plus narratifs : pourquoi ce choix ?
J'avais envie de varier les points de vue de la narration, comme la caméra d'un film change de prises de vue. Je ne voulais pas faire une démonstration littéraire, mais prendre le lecteur par la main, et qu'il oublie tout ! J'assume totalement ce côté évasion, d'avoir mobilisé tous les moyens nécessaires pour embarquer le lecteur. Le plus beau compliment qu'on puisse me faire : j'ai raté ma station de métro, ou j'ai passé une nuit blanche !
Qu'est-ce que ça fait d'être un auteur publié ?
Je ne suis pas d'un côté ou de l'autre de la barrière, lecteur ou auteur. Je raconte juste des histoires, je veux donner envie de lire, que ce soit un ou un million, c'est pareil ! J'ai 42 ans. C'est vrai que ça peut faire tourner la tête, je ne sais pas comment on peut vivre ça à 20 ans. Mais pour moi, rien n'a changé. Oui, je suis un auteur, mais c'est juste ce que je fais. Évidemment, je suis encore un lecteur ! J'ai toujours écrit, mais pour les autres, concepteur rédacteur de publicités. Écrire un roman, c'était m'affranchir de ces règles. Je pensais écrire un livre, mais sans rêver être publié. J'ai toujours été à l'aise comme raconteur. J'étais prêt, à 40 ans, à tenter l'aventure. Je continuerai tant que je me ferai plaisir, et que je ferai plaisir ! C'est une deuxième jeunesse. Je ne vais pas la galvauder en me prenant au sérieux. Ma vraie récompense : les échanges avec les lecteurs, les voir heureux d'avoir lu mon livre. Je ne vis pas dans une tour d'Ivoire, tous les ressentis m'intéressent. D'ailleurs, vous me direz ce que vous avez pensé du Projet Shiro !
La suite, justement ?
La suite du Projet Bleiberg, Le Projet Shiro, vient d'être publiée. Je continue le travail avec Critic, pas question de les quitter, et j'habite toujours Rennes. J'ai également ré-écrit Les Vestiges de l'aube, qui paraîtront chez Michel Lafont, il sera vendu à l'étranger, et les droits cinématographiques intéressent aussi certaines personnes, sans oublier une adaptation en BD par Serge Le Tendre.
"Regards sur la culture", une émission d'Arnaud Wassmer
reçoit David S. Khara et Frédéric Paulin
30 min
Tous les jeudis à 11h04
Rediffusion le samedi suivant à 18h30
Pour connaitre les canaux de diffusion (Fougères, Vitré, Redon etc.), rendez vous sur le site
Deux écrivains rennais qui se connaissent sont cette semaine les invités d'Arnaud Wassmer.
Ils parleront de leurs nouveaux romans respectifs, mais aussi de ce qui les unit dans le fait d'écrire à Rennes.
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http://www.lesdeblogueurs.tv/ http://www.ouifm.fr/la-chronique-littraire-de-grard-collard-17-novembre-2011 |
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Partie 1 - novembre 2011 |
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Partie 2 - novembre 2011 |
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Editions10-18 - octobre 2011 |
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Interview Wake up call - Canal B 94 Mhz - novembre 2011
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K comme Khara : Gérard Collard pour le festival Saint Maur en poche
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Gérard Collard chronique
le Projet Bleiberg
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M6 - décembre 2011
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France 3 Bretagne - décembre 2011
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Les Vestiges de l'Aube
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Le Projet Bleiberg |
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